1-arri-dp-martin-laugery-trash-alexa-mini-lf-alexa-35
Dec. 15, 2023

Trois projets tournés avec ARRI : en coulisse avec le DP Martin Laugery

Le directeur de la photographie Martin Laugery fait confiance aux produits ARRI : il signe l’image de la série primée « Follow » tournée en ALEXA Mini LF, le long-métrage « Zion » et la série « Trash » d’Amazon Prime sont tournés en ALEXA 35.

Dec. 15, 2023

Sacrée meilleure série française au Festival de La Rochelle, « Follow » est un thriller efficace qui mêle réseaux sociaux et enquête policière de terrain. Il raconte l’histoire de Léna, une jeune Community Manager qui travaille pour la Préfecture de police et aide à la traque d’un tueur qui sévit dans Paris. Pour créer cette atmosphère claustrophobique, le jeune directeur de la photographie Martin Laugery s’est appuyé sur l’ALEXA Mini LF. Depuis, il a tourné son premier long-métrage, « Zion », de Nelson Foix, en ALEXA 35 et poursuit avec cette même caméra sur la très attendue série « Trash » de Prime Video, inspirée du phénomène « Loft Story ».
Dans cette interview avec ARRI, le directeur de la photographie Martin Laugery explique pourquoi les caméras ARRI étaient le bon choix sur ces trois projets.

2-arri-dp-martin-laugery-follow-alexa-mini-lf

Le directeur photo Martin Laugery a tourné la série primée « Follow » en ALEXA Mini LF

« Follow » est diffusé sur 13ème Rue, une chaîne spécialisée dans le policier et les films d’horreur. Comment avez-vous abordé ce thriller très sombre ?

J’avais déjà travaillé avec le réalisateur Louis Farge sur la série « Cuisine Interne », un polar dans le milieu de la restauration, diffusé lui aussi sur 13ème Rue. Nous nous connaissons bien. Notre référence était la série « Octobre » (Netflix), un polar scandinave glacial. Sur « Follow », nous voulions créer une atmosphère anxiogène et claustrophobique. Cela passait notamment par l’absence de découverte dans les décors et un travail très précis sur le cadre, avec beaucoup de contre-plongées et des profondeurs de champ très courtes. Le choix des lieux était aussi très important pour traduire la pesanteur des institutions. Nous avons tourné dans de magnifiques décors au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) à Paris, avec de la pierre, des boiseries et des grandes baies vitrées, qui font sentir la verticalité du pouvoir. Le réalisateur Louis Frage voulait combiner des références aux polars des années 80-90, avec des éléments bien plus modernes comme l’intégration des réseaux sociaux, qui sont assez difficiles à traiter au cinéma. Louis a eu cette idée de surimpression à l’image qui fonctionne très bien. Ce qui obligeait à anticiper au niveau du cadre de façon à laisser la place à ces insertions.

3-arri-dp-martin-laugery-follow-alexa-mini-lf

Martin Laugery a choisi l’ALEXA Mini LF sur « Follow » notamment grâce son grand capteur 

Pourquoi avoir choisi l’ALEXA Mini LF pour « Follow » ?

Sur « Cuisine Interne », nous avions tourné avec l’ALEXA Mini. Sur « Follow », nous avions l’idée d’être proches des visages des comédiens à l’épaule, pour accentuer l’atmosphère claustrophobique de la série. L’ALEXA Mini LF permettait cela grâce à son grand capteur. Avec une focale de 65mm, je pouvais me tenir à seulement 20 cm de la comédienne, sans déformation de l’image et avec une profondeur de champ très faible. Je pense notamment à cette scène dans laquelle Léna fait une crise d’angoisse dans un couloir de la Préfecture de Police. En Super 35, il aurait fallu utiliser au moins un 40mm. Au niveau des optiques, j’ai utilisé des Cooke Panchro full frame et un objectif Canon Dreamlens f0.95 dont j’aime bien les aberrations. Pour le reste, j’ai tourné toute la série avec l’ALEXA Mini LF à 1280 ISO, parfois 1600 ISO, de façon à ramener un peu de texture dans l’image. J’appliquais aussi des LUTs que j’avais conçues en amont.

4-arri-dp-martin-laugery-follow-alexa-mini-lf

Le look de « Follow » est basé sur les LUTs que le directeur photo a conçues et adaptées en fonction des scénes

La lumière est très élaborée sur « Follow », avec une sorte de dominante vert et jaune, et beaucoup de douceur. Comment l’avez-vous travaillée ?

J’ai une vraie passion pour le vert qui est la couleur narrative par excellence. Sur « Follow », j’avais cette idée de travailler sur les jaunes et les verts, notamment avec des entrants froids, mais assez doux, et des lampes de bureau qui tiraient vers le jaune. Mais la tonalité générale de la série vient des LUTs que je conçois et que j’adapte en fonction des séquences. Sur tous mes projets, je fais des essais filmés et je teste mes LUTs dessus. Cela me permet de valider une direction avec les costumes et le maquillage. Une fois sur le tournage, le soir ou à la pause déjeuner, je passe les rushs dans mon Resolve Da Vinci et j’adapte mes LUTs. J’applique les nouvelles LUTs sur les rushs et je les communique à la post-production. Comme cela, tout le monde voit une image proche du résultat final. Sur « Follow » et, plus récemment « Trash », j’ai travaillé avec Thomas Canu comme étalonneur. Sur chaque projet, nous mettons en place entre cinq et dix LUTs, que j’adapte ensuite moi-même sur le plateau. Sur « Follow », mon idée était de réduire le spectre de couleurs et d’essayer de les rassembler autour des jaunes et des verts. C’est quelque chose que l’on retrouve beaucoup dans les films de David Fincher et qui convient bien à l’univers du polar. Au niveau du contraste, je place les noirs assez haut dans le traitement de l’image. Mais je cherche à garder du détail dans les noirs, même avec des images très sombres, très dense. C’est ce qui donne l’impression de douceur malgré le contraste.

5-arri-dp-martin-laugery-follow-alexa-mini-lf

Sur « Follow », et autres projets, Martin Laugery crée entre cinq et dix LUTs qu’il adapte ensuite sur le plateau

Avez-vous des projets au cinéma comme directeur de la photographie ?

Cet été, j’ai tourné mon premier long-métrage en tant que chef opérateur en Guadeloupe : « Zion », réalisé par Nelson Foix, dont c’est aussi le premier long. C’est un très beau film, très ambitieux, que nous avons filmé presque entièrement de nuit à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), dans le milieu des trafiquants d’armes et de drogue, avec des acteurs non-professionnels. J’ai fait pas mal d’essais comparatifs avant de choisir l’ALEXA 35. J’ai été très séduit par cette caméra. Beaucoup d’aspects m’intéressaient, notamment la possibilité de travailler en amont sur les textures. Ce qui ne pouvait se faire auparavant qu’en post-production. J’ai ainsi pu concevoir des LUTs qui me permettaient d’avoir une gestion des couleurs et des textures directement sur le plateau. Comme 80% de « Zion » se passe de nuit, j’ai aussi beaucoup utilisé le mode ES de l’ALEXA 35 qui offre une grande sensibilité sans avoir de montée de grain à l’image. Sur certaines séquences, je pouvais monter jusqu’à 4800 ISO, ou même 6400 ISO en mode ES, et le combiner avec une texture Deep Shadow (H457) qui lissait encore plus le grain. Et cela, tout en conservant une richesse dans les couleurs et le rendu des peaux sombres des comédiens guadeloupéens. Je pense à plusieurs scènes d’émeutes de nuit, dont le seul éclairage était des feux de rue. Je n’avais pas besoin de rajouter de lumière et je conservais à la fois de la dynamique et de la profondeur dans les couleurs. Alors que quand on tire sur le signal avec les caméras, on perd souvent dans les couleurs.

6-arri-dp-martin-laugery-zion-alexa-35

Martin Laugery a choisi l’ALEXA 35 pour son premier long métrage

<<<

La dynamique de l’ALEXA 35 est vraiment bluffante. Je l’ai aussi trouvé très pratique à utiliser.

Martin Laugery

Directeur de la photographie

Et comment l’ALEXA 35 réagissait sur les scènes de jour ?

Dans les séquences de jours, l’ALEXA 35 était aussi capable de gérer une très grande dynamique. Nous devions composer en permanence avec le soleil très dur des Antilles et une météo qui changeait en permanence. Comme nous tournions assez vite, nous n’avions pas toujours le temps de contrebalancer le soleil. Sur certaines scènes, je pensais avoir surexposé dans la précipitation du tournage, mais quand je regardais les rushs le soir, l’image était parfaitement exposée. La dynamique de cette caméra est vraiment bluffante. J’ai aussi trouvé l’ALEXA 35 très pratique à utiliser. Nous passions souvent de l’épaule au Movi (Freefly) ou au Steadicam et les changements de configuration d’un système à l’autre sont très rapides avec celle-ci. Il n’y a pas toutes ces plaques à enlever comme sur la LF. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé de reprendre l’ALEXA 35 sur la série « Trash » de Prime Video que je tourne actuellement. Nous travaillons très vite, dans beaucoup de décors différents, à un rythme de quatre à huit séquences par jour, à deux caméras. Pour « Trash », nous devons être capables de passer de l’épaule à la Dolly au Movi ou au Steadicam, le plus rapidement possible. L’ALEXA 35 est la caméra idéale dans cette situation.

7-arri-dp-martin-laugery-follow-alexa-mini-lf

La série « Follow » tourné en ALEXA Mini LF a remporté le prix de la meilleure série française au festival de La Rochelle

« Trash » est particulièrement attendue. Comment en avez-vous conçu l’image ?

C’est un très beau projet sur lequel je retrouve Louis Farge à la réalisation et l’équipe qui me suit sur tous mes tournages, notamment Laurent Hannoun, premier assistant caméra, et Tintin Amouroux, comme chef machiniste. « Trash » se passe dans les coulisses du programme de télé-réalité « Loft Story » au début des années 2000. C’est une époque particulière où le regard change sur la télévision, pour le meilleur et pour le pire. C’est l’arrivée du mauvais goût et du trash sur les chaînes. En fait, c’est une série sur le regard, les apparences, le superficiel. Il y a beaucoup de choses à faire en matière d’image. Avec Louis, nous avons conçu un univers avec un rendu très pop, très coloré, avec des couleurs saturées. Dans les LUTs, je suis allé chercher des profondeurs dans les rouges et beaucoup de densité dans les couleurs. Au niveau des objectifs, j'ai utilisé de vieilles optiques Mamiya 645, recarrossées par TLS.

C’est vraiment agréable de tourner avec Louis Farge. Il travaille beaucoup en préparation, avec des plans au sol où il place ses caméras et les déplacements de comédiens. Ensuite, on a de vraies discussions, je lui fais des propositions, qu’il intègre parfois dans sa mise en scène. Quand on arrive sur le plateau, nous savons exactement ce que nous avons à faire et, paradoxalement, cela nous donne beaucoup de liberté. Par exemple, on peut intégrer rapidement les propositions des comédiens ou les accidents de tournage qui vont dans le sens de l’histoire.

Image d’ouverture : Fanta Kaba